Intérêt d’un développement de la télémédecine

La télémédecine est appréhendée comme un facteur d’amélioration de la performance de soins. Pour les patients, elle permettrait de faciliter l’accès aux soins de premier recours, une offre de soins spécialisée ainsi qu’une amélioration de la prévention et de la qualité de vie des patients. Les personnes dépendantes et peu mobiles n’ont plus besoin de parcourir de longues distances ou d’attendre plusieurs semaines avant d’obtenir un rendez-vous. Pour les professionnels, elle permettrait d’optimiser l’organisation des différentes ressources de soins dans un contexte d’augmentation du nombre de patients souffrant de maladies chroniques ou liées au vieillissement [1].

En effet, la durée de vie s’allonge, l’espérance de vie à la naissance atteint 79,5 ans pour les hommes et 85,4 ans pour les femmes en 2018 en France métropolitaine, selon l’Insee. Au cours des 60 dernières années, les hommes comme les femmes ont gagné 14 ans d’espérance de vie en moyenne. Cet allongement de la durée de vie est parallèle à l’augmentation de la prévalence des maladies chroniques telles que le diabète, l’hypertension artérielle, l’insuffisance cardiaque, l’insuffisance rénale chronique, les maladies pulmonaires chroniques, les maladies neurologiques dégénératives, le cancer etc. Cette progression de la prévalence des maladies chroniques est illustrée par la progression régulière du nombre des affections de longue durée (ALD) reconnues par l’Assurance maladie et la progression du recours à l’hospitalisation, notamment pour les patients atteints d’insuffisance cardiaque chronique [8].

Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques ( Drees ), de 2011 à 2016, les dépenses dues au remboursement des personnes bénéficiant du dispositif des affections de longue durée augmentent de 3,8 % par an en moyenne. La croissance de la population et son vieillissement y contribuent à hauteur de 2,1 points.

En termes de répartition des populations en zones rurales et urbaines, la France rejoint des pays comme la Suède ou le Canada. On estime aujourd’hui que 80% de la population français occupe 20% du territoire. L’Ile de France, regroupe sur 2% du territoire français, 20% de la population. La majorité de la population française est localisée dans les grands centres urbains [9].

Dans une étude anglaise publiée dans le British Journal of General Practice en 2017, Greenhalgh T, et al. ont montré que les patients suivis par par vidéo ou mail par leur médecin traitant présentaient une amélioration significative du contrôle du diabète, de l’hypertension artérielle et de la dyslipidémie. Ils étaient rassurés d’avoir un contact régulier et programmé avec leur médecin. La consultation à distance était à la fois bénéfique pour le médecin généraliste qui pouvait suivre à distance la pathologie et organiser des interventions lorsque cela était nécessaire, et pour le patient qui évitait de se déplacer au cabinet pour les visites de contrôle [10].

Deux études, publiées en 2011 et 2013, montrent, grâce à la télésurveillance de la pression artérielle des patients, une diminution de 63% des consultations de médecine générale/ infirmières, une diminution de 25% des coûts des traitements (médicaments), un gain en qualité de vie constaté, ainsi qu’une meilleure observance des patients, permettant de réduire d’environ 30% le risque d’AVC. Cette solution impose cependant un coût supplémentaire pour les équipements des patients [11].

Pour les pouvoirs publics, la télémédecine permettrait une diminution du recours à l’hospitalisation et aux transports. L’étude française réalisée par la société IQVIA en décembre 2018, sur la base de données de l’Assurance Maladie en partenariat avec l’Université de Lyon, montre l’efficience et l’impact économique de la télémédecine sur trois pathologies d’intérêt majeur pour le système de santé (l’hypertension artérielle, le diabète et

le cancer de la prostate) avec 356 millions d’euros d’économies, sans que cela n’impacte la qualité des soins [12].

Le Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) a publié un livre blanc sur la télémédecine qui précise qu’à toute époque, les médecins ont incorporé dans leurs pratiques les innovations technologiques, afin d’améliorer l’exercice de leur art au service de la qualité des soins et de la prise en charge des patients. La diffusion de ces technologies a toujours conduit à de nouvelles façons d’exercer la médecine » [13]. Dans l’étude Ipsos publiée en 2018, 68% des généralistes déclarent en effet échanger fréquemment à distance avec leurs patients pour leur communiquer une information médicale, 59% des généralistes pour répondre à leurs questions. Plus des deux tiers des médecins affirment notamment rédiger régulièrement des ordonnances par avance à destination de leurs patients.

Le manque de temps est un des principaux motifs d’insatisfaction des professionnels de santé. 76% des médecins généralistes interrogés pointent du doigt les sur-sollicitations régulières sous forme d’appels, de mails ou de SMS de la part des patients et 46% déclarent ainsi qu’ils peinent à consacrer autant de temps qu’ils le souhaiteraient à leurs patients. 70% des médecins considèrent que la télémédecine leur permettrait de mieux gérer le nombre de demandes de consultations. Trois quart des médecins considèrent que la télémédecine a un rôle à jouer en amont d’une consultation physique, en permettant au patient de devenir « acteur de sa santé », et ce grâce à une meilleure information, une orientation qualifiée et davantage de prévention. Pour les médecins généralistes c’est près d’un patient sur quatre ayant consulté pour un problème de santé qui aurait pu faire l’objet d’une consultation en télémédecine [14].